Le jour où nous avons visité les Urgences de Broome

Alors que je finissais tranquillement mon boulot de serveuse à 20h, j’ai appelé Clem Choucha pour le prévenir que je rentrais. Quelle ne fût pas ma surprise quand il décrocha en pleurs, me disant « Julie, ça ne va pas ». Il faut savoir que m’annoncer un problème de santé est quelque chose de très compliqué. Je suis une personne hyper-angoissée et lors de période de stress (c’est-à-dire continuellement avant notre départ en Australie), je rêve toutes les deux nuits qu’un membre de ma famille est atteint d’un mal incurable. Oui je sais, c’est flippant, mais incontrôlable.

Alors que j’attendais des détails un peu plus précis sur ce qui « ne va pas », ma Manager du restaurant a déboulé devant moi, avec en ligne la boss de Clem Choucha, qui cherchait à me joindre.

Après m’avoir expliqué qu’il souffrait d’un mal au ventre très intense et de vomissements, j’ai donc pédalé le plus rapidement de ma vie pour aller jusqu’à la ferme de chameaux, qu’il n’avait toujours pas quittée. Pendant ces 10 min d’effort dans la nuit NOIRE (oui parce qu’à 20h à Broome, c’est comme à 2h du matin dans un village de la Creuse en France), j’ai fait abstraction des étoiles pour la première fois et me suis imaginée 1000 choses. J’ai fait tous les diagnostics différentiels possibles dans ma tête (c’est-à-dire la liste de maladies possibles qui peuvent engendrer ces symptômes, ndlr), en me disant « Est-ce que ça existe ça chez l’homme?!! ». Je me suis d’ailleurs rendue compte que je n’avais pas encore tout oublié de ma médecine et révisait ce que j’aurais fait si Clem Choucha avait été un chat et qu’il venait me voir en urgence (essaierait-il de me mordre/griffer/attaquer lui aussi?!).

Urgences Broome - The French Odyssée

En arrivant à la ferme, j’ai trouvé un Clem Choucha blafard (et pourtant, il était déjà bien blanc en France!), allongé sur un canapé, hurlant et pleurant à la fois. Alors que sa boss nous ramenait chez nous pour que je le conduise à l’hôpital, il hurlait, ne se sentant bien dans aucune position et vomissait allègrement dans la voiture de sa boss (sympaaaaaaaa). Je me disais que quand même, me rappelant mon histoire avec les huîtres, il ne pouvait pas avoir aussi mal juste pour une indigestion. Puis il a réussi à me dire qu’il avait très mal en bas du dos. Et là mon sang s’est glacé (ça aussi, j’ai toujours rêvé de le dire) : non, pas ça, pas un calcul…

En tant que vétérinaire, les calculs urinaires sont malheureusement trop bien connus. Ça fait partie de l’une des seules VRAIES urgences (oui, les majuscules sont volontaires, un chien qui se gratte à 3h du matin n’est pas une urgence, mesdames et messieurs. #petitepique #jemesensmieux). La pathologie est différente de chez l’Homme car les chats ont un os dans le pénis (je sais, beaucoup en rêvent…) et donc il est malheureusement très fréquent que chez les chats mâles castrés (et non pas mal castrés) un calcul se bloque dans la zigounette, conduisant à une issue fatale si l’obstruction n’est pas levée. Mais, lorsque l’on reçoit ces animaux en urgence, on découvre souvent des calculs dans les reins ou entre les reins et la vessie. Peu de structures vétérinaires en France sont capables de traiter ces cas, alors que chez l’Homme, heureusement, il y a plusieurs solutions (Bref! Tout ça pour dire que j’ai réalisé que j’avais un « Clem Choucha bouché », comme on dit dans le jargon).

A l’arrivée aux urgences du petit hôpital de Broome, j’ai laissé Clem Choucha se rouler sur le sol à l’entrée, à l’abri des regards indiscrets, et suis allée gentiment faire la queue à l’accueil. Dans la salle d’attente non bondée, seules quelques familles d’Aborigènes étaient là avec des bébés qui pleuraient (moins forts que Clem Choucha). Voyant que personne n’avait l’air stressé ou à l’article de la mort, je me suis dit qu’il serait plus efficace de ramener mon malade non imaginaire directement devant le personnel médical. Ce fût une fabuleuse idée (bravo Julie, good girl!) car une infirmière est venue immédiatement lui amener un fauteuil roulant pour le prendre en charge. Je ne sais pas si en théorie j’avais le droit de les suivre, mais je me suis un peu imposée, disant que j’étais « du métier » (et oui, j’en ai déjà fait l’expérience aux USA, les anglo-saxons considèrent les vétérinaires presqu’au même niveau que les médecins, EUX #oops #unepique #çavaonrigole #oupas).

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Pendant que Clem Choucha se tordait toujours de douleur et recevait mille piqûres, je remplissais des papiers tout en gardant un œil sur ce qu’on lui faisait. Oui, un autre défaut que j’ai, c’est que maintenant que je m’y connais un peu, je n’ai pas trop confiance. Ne vous méprenez pas ; en France, contrairement à ce que tous les Français râleurs les gens disent, nous avons la chance d’avoir une très bonne médecine et de bons hôpitaux. Malheureusement, comme dans tous les milieux, il y a des mauvais éléments (chez les vétérinaires aussi hein, hum HUM #suivezmonregard) et j’ai vu, dans mon entourage, pas mal d’erreurs médicales qui n’auraient pas dû se produire. Donc, j’ai surveillé discrètement, sans rien dire ni faire la relou qui sait mieux que tout le monde.

Les infirmières qui se sont occupées de Clem Choucha ont été efficaces, agréables et blagueuses. Elles m’ont expliqué que la douleur d’une colite néphrétique (c’est comme ça qu’on dit dans le jargon) était bien pire que celle de l’accouchement (et m****, moi qui utilisais cet argument auprès de Clem Choucha pour lui dire qu’avoir des mioches enfants me causerait beaucoup de souffrance…).

Puis, alors que mon malade souffrait toujours, la comptable est venue me demander si nous avions une assurance et comment l’on allait payer. Là, mon unique pensée a été : OMG (ça veut dire « oh mon dieu »), si TOI tu existais en France, peut-être ne serais-je pas aujourd’hui en pleine reconsidération de mon avenir professionnel.

Oui parce que, même si j’adore voyager, que j’aime vivre à l’étranger, que je veux tout le temps partir, ce n’est pas parce que je n’aime pas la France. Pour en avoir vu assez ailleurs, je sais à quel point nous sommes chanceux en France et SURTOUT en ce qui concerne la santé. Beaucoup trop de Français ne réalisent pas quelle chance ils ont, de ne pas se poser la question s’ils doivent changer de lunettes, aller chez le gynéco ou aller aux urgences après un accident. La sécurité sociale et autres mutuelles sont tellement prises pour acquises que plus personne n’a idée du coût réel des soins reçus. Ils ne comprennent donc pas qu’il faut payer pour les soins de leur animal (alors qu’ils paient 300€ chez le garagiste ou 100€ chez le coiffeur sans rechigner). C’est l’une des raisons qui m’a poussé petit à petit à détester mon métier, après seulement 3 ans d’exercice : toujours devoir se battre pour avoir le droit de faire le mieux possible, « parce que le vétérinaire c’est cher », « et alors si je paie pas vous allez laisser crever mon chat » et autres insultes joyeuses.

Je ne me suis donc nullement offusquée des questions de la comptable et lui ai expliqué que nous avions une assurance, que nous avions des ressources et qu’il fallait qu’ils fassent tout pour Clem Choucha car l’argent n’était pas un problème.

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Après de bonnes doses de morphine, Clem Choucha a cessé de souffrir et de nous casser les oreilles. Il a même recommencé à faire des blagues. C’est à ce moment-là que nous avons vu un médecin, qui nous a expliqué que c’était fort probablement des calculs et que selon l’évolution de son état, il faudrait peut-être opérer et donc l’envoyer à Perth. Okayyyyyyyyyyyyy.

On ne voulait absolument pas qu’il se fasse opérer en Australie, mais bien sûr si c’était le cas, c’est qu’il y avait urgence. Là, je me suis tout de même demandée si Chapka, notre assurance, rembourserait un rapatriement en avion à Perth et une telle chirurgie… De toutes façons, nous n’avions pas le choix. Le médecin voulait attendre de voir l’effet de la perfusion pour prendre une décision.

Une fois rassurée par le fait que Clem Choucha ne hurlait plus, je réalisais la chance qu’on avait eu. Qu’aurions-nous fait si cet épisode était arrivé en plein roadtrip, perdus dans l’outback ou au fin fond d’un parc national?! Oui car sur la côte Ouest que nous venons de remonter, il peut se passer des centaines de kilomètres sans qu’il n’y ait ni réseau téléphonique ni ville ni hôpital. Cela me terrifie encore rien que d’y penser.

Puis on s’est demandé ce que nous ferions si plusieurs calculs était identifiés dans les reins à l’échographie. Jamais nous ne pourrions prendre le risque de continuer notre voyage. Je préférais encore rentrer après 3 mois que de risquer une nouvelle crise loin d’un hôpital. Nous avons donc commencé à penser au retour, à imaginer comment ce serait, ce que nous allions dire à nos familles, ce que nous allions faire en France, où nous irions, est-ce que nous reviendrions après une éventuelle chirurgie, etc.

Beaucoup de gens m’ont dit et me disent encore aujourd’hui « tu vas voir, vous n’allez jamais vouloir quitter l’Australie ». Et chaque fois je leur réponds que si, car pour moi ce pays est beaucoup trop loin de ma famille et mes amis. Je leur disais « tu imagines, si quelque chose arrive à mes parents, je ne peux pas être là avant minimum 30h, si tant est que j’apprenne la nouvelle le jour-même ». Mais je n’avais pas pensé à l’hypothèse où une mauvaise chose nous arrive à nous! J’ai vraiment réalisé ce soir-là à quel point nous étions seuls, loin de tous et que nous ne pouvions compter que sur nous-mêmes.

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Finalement, le bon karma de Clem Choucha a agi et son état a évolué dans un sens qui ne nécessitait plus d’opération. Il a été assez stable pour être installé dans une chambre pour le reste de la nuit, où je n’ai pu le suivre. Je suis donc rentrée dans la nuit noire sans lumière de Broome, en me perdant bien entendu, avant de tomber sur des policiers qui m’ont guidé jusqu’à notre maison. Autant dire que j’ai dormi avec mon téléphone allumé pour une fois, me réveillant toutes les heures pour vérifier les appels manqués, et en espérant que mon boss trouverait le moyen de me donner mon après-midi pour que j’aille à l’hôpital le lendemain (oui car bien sûr, cet épisode s’est produit la veille de la toute première journée où je devais enchaîner mes deux boulots, de 7h à 20h…)

Que nenni! Personne ne voulait pouvait me remplacer et j’ai eu droit à 1h de pause au lieu de 30min… Fort heureusement, Clem Choucha a passé l’une des meilleures nuits de sa vie (Hmm, comment prendre le fait qu’il dorme mieux à l’hosto qu’avec moi dans un lit…) et les calculs étaient sortis. L’échographie n’a rien montré de grave, hormis des preuves indirectes de la présence d’anciens calculs. Il a donc été autorisé à sortir et j’ai utilisé mon heure libre de la journée (youpiiii) pour aller le chercher.

Depuis, Clem Choucha va bien et se sent même mieux qu’avant. Il suspecte que certains de ses maux ayant commencé il y a quelques mois étaient des prémisses.

Désormais, je le force à boire des litres d’eau.

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Fun fact : après 1 mois d’attente, nous avons enfin reçu la facture de l’hôpital. Elle s’élève à 3000$. Quand on pense qu’une clinique lambda fait payer autour de 400€ pour le même problème, en comptant un sondage du zizi et deux nuits 4 étoiles en hospitalisation, finalement, c’est pas si cher le vétérinaire non?!

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6 Replies to “Le jour où nous avons visité les Urgences de Broome”

  1. Ouf que Clem Choucha va mieux! Vous avez dû avoir trop peur ! Bon courage! Grosse pensée pour vous!

  2. Ca c’est de l’aventure ! 🙂 On espère que Clem Chou va mieux :3
    Et chouette un blog couple , c’est assez rare on n’en connaît pas beaucoup alors merci à vous , on s’abonne !

    Anthony & Noémie
    Blogueurs amoureux et facétieux sur notrecarnetdaventures.com
    Suis-nous dans nos escapades culturelles et nos découvertes gourmandes !

    1. Merci pour ce gentil commentaire! Clem Choucha pète de nouveau le feu donc tout va bien sous les tropiques. 😉

  3. Pauvre choucha! !!! Ça sera régime croquettes c/d maintenant !
    Et pauvre Julie aussi pour la peur que tu as du éprouver !

    1. Plutôt U/D en fait hein 😉
      Oui gros stress, mais fin heureuse, c’est le principal!

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