Le jour où j’ai failli devenir hôtesse KTV

Dans l’article précédent, j’ai quelque peu menti. En réalité, j’aurais pu avoir un job, très bien payé même. Ceci est une anecdote vraiment des plus divertissantes, mais un peu longue à raconter par écrit. Prenez du Pop Corn, ça vaut le coup.

C’est Clem Choucha qui a trouvé l’annonce sur Gumtree (Le Bon Coin local, ndlr), d’un Karaoké qui recherche des hôtesses pour travailler les soirs de semaine et/ou week-ends, avec un salaire entre 45 et 60$ de l’heure (le salaire minimum légal à Perth est de 25$/h pour les soirs). Le boulot consiste à maintenir une bonne ambiance dans la salle, servir les boissons, nettoyer les tables, faire la fête avec les clients. Il est précisé que le job n’inclut pas de faire des faveurs sexuelles. J’envoie donc ma candidature, attirée par le salaire et le temps libre que cela me laisserait. Une certaine Rachel me répond dans la demi-heure, me demandant d’envoyer une photo. Après réflexion, ce n’est pas si bizarre. Le rôle d’une hôtesse est d’être jolie pour les clients donc j’imagine que c’est normal et j’envoie mes photos. Rachel me demande ensuite si je peux être là le lendemain soir, à 20h au karaoké, me dit qu’il y aura un briefing d’environ 1h et que si ça colle pour moi, je pourrai commencer à travailler le soir même.

Elle précise que je dois venir avec une jolie robe de soirée, des talons hauts et un maquillage séduisant. Encore une fois, je comprends, une hôtesse de soirée se doit d’être classe et jolie. Mais comment dire à Rachel que je n’ai pris avec moi que des robes d’été, que ma seule paire de chaussures « jolie » est une paire de compensées pas du tout classe et que je ne me maquille tellement jamais que j’ai juste emporté du rouge à lèvre et un « truc pour les cils », au cas-où…. Je décide que j’achèterai ce qu’il faut si le job m’intéresse et qu’ils veulent bien de moi.

Hôtesse KTV Australie - The French Odyssée

Le jour du briefing, une inquiétude me guette. Moi qui ai pour habitude de TOUT googler, je n’ai même pas pensé cette fois-ci à me renseigner sur l’établissement ou sur le job d’hôtesse de karaoké. Qu’à cela ne tienne, il me reste 6h avant d’y aller, j’ai le temps. Après quelques recherches, je découvre qu’en Australie, les karaokés sont tous détenus par des Chinois. En effet, ceux-ci sont fous de karaoké et on peut en trouver partout en Asie. Je me dis que les Chinois ne sont pas réputés pour être les plus pervers et qu’au moins, je ne risque pas de me faire tripoter. J’ai du mal à trouver des infos plus approfondies. Sur la page Facebook, je vois juste de nombreux selfies avec des asiatiques filles et garçons. Si des filles y viennent aussi, c’est un nouvel élément rassurant.

Je tombe néanmoins sur un article écrit par une Américaine qui explique comment elle s’est presque « perdue » dans l’Escorting voire la prostitution en étant hôtesse KTV (c’est comme ça qu’on dit dans le jargon!) aux USA. L’endroit a l’air un peu différent de celui où je dois aller : il est à Los Angeles et est fréquenté uniquement par des businessmen ultra-friqués du monde entier.

Hôtesse KTV Australie - The French Odyssée

Finalement, j’enfile mes plus beaux apparats (je ressemble donc à une fi-fille à sa maman de 12 ans et demi qui va manger une glace sur le port avec ses copines) et fais mes adieux à Clem Choucha, ayant quand même l’impression de partir pour un job pas très catholique. J’ai tout de même mis des baskets pour ne pas me balader seule en talon à l’heure où les Aussies sont déjà presque en fin de soirée (à 20h, oui oui, et j’exagère à peine). En arrivant devant l’établissement, je demande à voir Rachel et l’on m’escorte (hu hu hu, petit jeu de mot) dans un long couloir avec au sol une moquette bleue roy à motifs jaunes. En entrant dans la pièce, je découvre une quinzaine d’autres filles assises, en train d’attendre le briefing.

Première pensée : ouf, je ne suis pas seule.

Deuxième pensée : euh, suis-je vraiment la seule à ne pas être habillée comme une fille de peu de vertu et pas maquillée comme une voiture volée?!

Je m’assois sur la banquette style lounge de la même couleur que la moquette et j’enfile mes « talons » pour faire un peu moins 12 ans et demi. J’entends avec soulagement que les deux filles à côté de moi (en robes à fleurs également) sont Belges. Elles ne semblent pas plus rassurées et m’expliquent que leur coloc a déjà fait le job et qu’en fait, c’est un peu comme Escort Girl. Coooooooooool!

Rachel, une Chinoise grande et filiforme vêtue d’une robe longue de gala bleue marine et de talons noirs de 10 cm, commence à nous expliquer le « concept ». En jaugeant tout le monde, elle remarque que certaines filles (dont moi of course) sont habillées beaucoup trop « classiques » (sans dèc?!). C’est à ce moment-là que débarquent deux Anglaises so clichés, vêtues… Et bien comme des Anglaises qui vont en discothèque. Rachel nous explique que ÇA, c’est être bien habillé pour le job. Hmmm OKAY!

Hôtesse KTV Australie - The French Odyssée

Je découvre enfin le principe d’un karaoké chinois et d’une hôtesse KTV. Les karaokés sont de grands établissements avec plusieurs pièces, appelées des « rooms », pouvant contenir 5 à plus de 30 personnes. Chaque pièce est dotée d’un large écran plat, de tables basses en verre, de banquettes et poufs style lounge et d’une machine de karaoké. Les clients, ici à 70% Chinois, réservent une pièce pour leur groupe afin de venir faire la fête après un restaurant, en after après leur sortie en boîte de nuit, ou encore après leur travail. Le groupe s’installe dans la salle et Rachel place les hôtesses en ligne devant les clients, afin qu’elles se présentent. Ensuite, les clients choisissent les filles qu’ils veulent pour s’occuper de leur « room ». Il y a en général entre 3 et 10 filles sélectionnées par salle. Si l’on est choisie par un client, ce sera « notre » client pour la soirée ; il faut veiller à son bien-être, qu’il ait toujours à boire, le pousser à consommer, discuter avec lui, tout en gérant le karaoké et l’ambiance dans la pièce, et en nettoyant les tables si nécessaire. Il faut se servir un verre en même temps que « notre » client, mais l’on peut tricher sur la quantité d’alcool. Les heures payées sont décomptées à partir du moment où une fille est choisie dans une salle ; jamais choisie = jamais payée donc. Lors des week-ends, le plus souvent la première session de groupes arrive vers 21h, une autre vers 1-2h du matin, et parfois une autre vers 4h. La base du salaire est de 45$/h et peut vite monter grâce aux pourboires. Rachel nous met en garde de ne pas tomber amoureuse de nos clients (!!!?!!!), car de toute façon ce ne sont pas des « gars biens » et nous dit de nous méfier car les Chinois sont très vicieux et ont souvent deux visages (venant d’une Chinoise, c’est inquiétant!). Voilà voilà…

Hôtesse KTV Australie - The French Odyssée

A la fin des explications, Rachel nous demande si nous sommes toutes motivées pour travailler le soir-même et insiste pour que tout le monde force bien sur le rouge à lèvre. N’osant rien dire pour le moment, je suis le groupe lors de la visite de l’établissement et essaie de m’imaginer dans l’une de ces salles calfeutrées, faisant la fête avec 15 personnes totalement inconnues et quelques filles de joie autres filles, de faire la conversation et de m’intéresser à un homme (Chinois ou pas) totalement inconnu, moi l’asociale et la fille-qui-ne-fait-confiance-à-aucun-homme-au-premier-abord, ou encore de danser sur Selena Gomez (en fait, ça je peux le faire).

Après la visite, nous rejoignons les autres filles déjà embauchées depuis longtemps afin d’attendre les « clients ». WOW. Et moi qui pensais que mes co-nouvelles-recrues étaient vulgaires…………

Je me retrouve à discuter avec les deux Belges et une Allemande, habillée BEAUCOUP trop normalement pour le job, et à tergiverser sur ce que nous devons faire. Dans ma tête, je sais que Rachel m’a perdu à «vous vous mettez en ligne et les client choisissent celles qu’ils veulent». Comment pourrais-je encore clamer haut et fort mon féminisme après ça? Et surtout, je ne suis pas prête à tout pour de l’argent. J’appelle Clem Choucha, pour vérifier que ce n’est pas juste mon féminisme qui me fait monter sur mes grands chevaux et il me répond simplement «hm, euh, c’est un peu bizarre non?!». J’ai donc remis mes petites baskets, quitté l’établissement avec l’Allemande, et dit « Adieu » au seul job qui voulait bien de moi à Perth, me disant que je préférais encore être véto à Bordeaux plutôt que de faire ça. En rentrant en taxi à l’appartement, je me suis retrouvée à discuter pendant 20 min avec mon chauffeur chinois (sans que le compteur ne tourne, oui oui, sympa ces taxis australiens), des boulots et de la vie en Australie. Le conseil principal qu’il m’a donné, c’est «ne te fais pas embaucher par des chinois, ils vont t’exploiter!». Décidément…

Hôtesse KTV Australie - The French Odyssée

Quelques françaises avec qui j’ai discuté de cette histoire m’ont donné leurs points de vues, à savoir qu’en Australie, les gens sont beaucoup plus ouverts sur ce genre de choses, que c’est beaucoup mieux accepté, qu’on est bien trop coincé en France et qu’elles sont fières de faire ce job (Ah? Bizarre que ta famille en France ne soit pas au courant de tes « activités » en Australie alors). Sans juger personne, j’ai trouvé cela très étrange que les notions de respect de soi-même et de respect de la femme soient différentes en France et en Australie. Après en avoir parlé avec de vrais Australiens, hommes et femmes, j’ai appris que ce n’était pas si différent. Pour eux comme pour moi, ce job est peu flatteur voire un peu dégradant. C’est d’ailleurs pour cela qu’il y a principalement des hôtesses étrangères dans ces clubs : pour des voyageuses, c’est un moyen de se faire de l’argent facile et rapide, sans avoir besoin de se prostituer (la prostitution est légale en Australie, ndlr).

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Fun fact : l’autre job que j’aurais eu l’opportunité de faire, c’est Skimpy. Ça sonne mignon, n’est-ce pas? Il s’agit en fait d’être barmaid en sous-vêtements, principalement dans des villes minières reculées. Là encore, pas de faveurs sexuelles, mais bon… Chacun sait où est sa limite, dirons-nous. #nesuisjebonnequàbosseràpoil?!

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4 Replies to “Le jour où j’ai failli devenir hôtesse KTV”

  1. Hahahahahahaha!!! je suis tellement morte de rire! xD Bon article de début pour la page insolite!
    C’est dommage, tu m’aurais demandé (merci les mangas ^^) je t’aurais dit que les hôtesses des bars Karaoké asiat sont les geisha nouvelle génération (genre tu allumes la cigarette pour les mecs, tu leur fais des compliments, etc. ) ; en tout cas je pense que tu as bien bien fait de prendre tes clics et tes clacs ! 🙂

    1. Tu n’es jamais dispo quand j’en ai besoin!!!! :p

  2. PS: on va dire qu’en gros c’est de l’escortisme sans (théoriquement) coucher 😉

    1. C’est ça…………… Mais je crois que la définition de l’escortisme c’est justement de ne pas coucher (officiellement). Bref! Lol

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