Roadtrip #10 : Far North Queensland

Le Queensland, « Sunshine State », seul état australien à abriter une forêt tropicale humide, port d’accès à la Grande Barrière de corail, territoire des activités les plus populaires d’Australie, est le premier état que nous avons visité sur la côte Est. Pour l’atteindre, une longue route nous attendait depuis Alice Springs (1183km), au cours de laquelle nous avons vu évoluer les paysages au gré des kilomètres : la terre rouge foncée et les arbres filiformes ont laissé place à de vastes pâturages bien verts clôturés où paissaient des vaches bien grasses et à des champs de blé blonds. Nous avons traversé plusieurs petites villes qui semblaient coupées du monde.

The French Odyssée - Queensland

Puis nous sommes arrivés en vue de Townsville ; ce fut le choc! Des buildings, un périph’, des embouteillages : tout ce qu’on n’avait plus vu depuis 6 mois! Sans exagérer (pour une fois), je me suis sentie mal à l’aise et pas encore prête à retourner dans la « vraie vie ». Je m’étais habituée à être soit seule au monde avec Clem Choucha et le Van, soit dans une petite ville où l’on connaît tout le monde.

Heureusement, notre première destination sur la côte Est était un HelpX au fin fond de la Daintree Forest (forêt tropicale humide de Daintree, ndlr) où question isolement, on ne pouvait pas mieux faire. Nous voulions à tout prix vivre dans la forêt et non pas juste la visiter pendant une journée. Nous avons donc eu la chance de trouver un volontariat chez un couple qui recueille des chauve-souris frugivores (Flying-Foxes, ndlr). Ainsi, nous pouvions nous immerger chez des locaux, vivre dans la forêt tropicale, nous instruire sur une nouvelle espèce animale et nous reposer de notre longue route.

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La maison des hôtes ainsi que notre petite cabine (en fait un ancien container de bateau!) ont été construites par l’homme du couple, en plein milieu de la forêt. L’eau provenait de la pluie, l’électricité des panneaux solaires et notre cabine n’était fermée que par des moustiquaires, avec en prime la douche sous les arbres. On a ainsi pu entendre à nouveau ce « bruit de la forêt » typique qui nous avait tant émerveillé au Costa Rica.

Hormis le fait qu’une simili-souris native australienne arrivait à s’engouffrer toutes les nuits dans notre cabine et faisait PLEIN de bruit en marchant et en tentant de dévorer notre pain (on l’a attrapé 2 fois dans un piège, puis relâchée à des kilomètres mais elle revenait toujours, cette fourbe), le séjour fut reposant. J’ai totalement craqué sur les mignonnes à croquer chauve-souris frugivores, qui sont elles aussi, comme les chameaux, dotées de leurs propres personnalités. Elles ressemblent à de vrais petits rongeurs ailés. Les chauves-souris ont toujours mauvaise presse à cause des mythes de Dracula, de la crainte de la Rage, tout ça tout ça (pauvre Batman, éternel looser incapable de sauver l’honneur #superhérosanspouvoir) mais elles sont pourtant si fascinantes biologiquement. Imaginez un peu les mécanismes physiologiques complexes qu’implique le fait de pouvoir vivre, manger ou dormir la tête en bas (je vous vois venir et non, elles urinent et défèquent en se retournant. Pas folle la guêpe chauve-souris).

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Nous avons utilisé cette semaine pour explorer un peu la forêt et nous rendre à Cap Tribulation. Bien que Clem Choucha n’ait pas été transcendé par le lieu (quand on a visité le Costa Rica, difficile de faire mieux niveau forêt tropical qui donne sur une plage paradisiaque, effectivement #tropgâté), j’ai apprécié l’endroit mais été étonnée de ne pas y trouver un petit village. Il s’agit en fait juste d’une plage, dans laquelle il ne faut bien sûr surtout pas se baigner car l’océan est empli de crocodiles (oui et de requins comme partout en Australie mais c’est presque accessoire. 1er scoop : les requins, c’est de la gnognotte comparé aux crocodiles. 2ème scoop : les requins ne se nourrissent pas d’homme, les crocos se nourrissent de TOUT).

Je saute sur l’occasion pour faire un petit aparté. A partir de maintenant et dans les futurs articles, je vais de très très TRÈS nombreuses fois être obligée de dire « on s’attendait à »/ »on pensait que »/ »on nous avait dit que » suivi de « mais en fait ». J’ai donc décidé de créer un hashtag spécial, qui pointera tous ces moments où depuis notre arrivée sur la côte Est, nous avons eu des désillusions/déceptions/désenchantements. En effet, lorsqu’on découvre un lieu hyper touristique, on a toujours une idée préconçue à partir de ce qu’on a lu dans un guide, vu sur internet ou entendu dans des témoignages. Mais, comme vous le savez sûrement (car vous êtes d’avides lecteurs de ce blog formidable), je retranscris très honnêtement les choses telles que nous les avons ressenties, qu’elles soient positives ou négatives. Je m’excuse donc par avance car je vais être obligée de critiquer certaines des choses très fantasmées sur l’Australie. Mais n’oubliez pas que ceci n’est que notre avis personnel. Bref, vous verrez… (le suspense est à son comble, god dammit!)

Notre hashtag sera donc : #dupéscommejamais

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Avant de redescendre la côte vers le Sud, nous voulions à tout prix visiter Cooktown. Il s’agit du premier endroit où James Cook a posé le pied sur le sol australien, le 17 Juin 1770, après que son navire, l’Endeavour, a heurté un récif au large de Cap Tribulation. D’après la rumeur, c’est une ville presque inaccessible qu’on peut atteindre uniquement par une route très chaotique avec un 4×4 paré à toute épreuve. Aux vues de ces informations, nous nous sommes bien évidemment mis à fantasmer sur cette cité « ancienne » (ce mot est bien sûr très relatif quand il s’agit des villes fondées par des Européens en Australie #unpeudesarcasme) perdue au-delà de la forêt tropicale et avons réfléchi à une solution pour l’atteindre. En fait, il existe depuis très longtemps une route goudronnée à l’intérieur des terres qui s’y rend ; Cooktown est donc facilement accessible (#dupéscommejamais). Puis, après que notre hôte nous a ri au nez car il prend régulièrement la route « impraticable » avec sa petite voiture aussi basse que ma Twingo française, nous avons donc osé rejoindre Cooktown par la route à travers la forêt depuis Cap Tribulation, avec notre vieux Van 4×4 de 1994. Nous n’étions pas peu fiers, d’autant que cette voie est superbe (on a aussi commencé à comprendre que les avis qu’on entendait sur l’Est provenaient de gens, touristes ou australiens, qui n’avaient probablement jamais expérimenté l’Australie-Occidentale et qu’il fallait donc peu nous y fier). Finalement, le voyage a été beaucoup plus intéressant que la ville de Cooktown elle-même, qui est peu différente de n’importe quelle ville de pêcheurs que nous avions déjà vue et pas du tout charmante. Le célèbre phare est aussi haut que deux Clem Choucha et la vue depuis sa colline est peut-être la seule chose que nous avons trouvé intéressante (#dupéscommejamais). Nous avons donc écourté notre séjour après 2h pour entamer notre descente vers le Sud.

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Bien que nous avions décidé de ne pas plonger sur la Grande Barrière de Corail (on dira GBR pour Great Barriere Reef, c’est plus rapide), nous voulions tout de même jeter un œil à la ville si réputée de Cairns. Oui, je vous entends d’ici : mais POURQUOI refuser de plonger sur la GBR, la plus belle barrière de corail du MONDE?! (quelle bande de snobs!!! Mais si, avouez que c’est ce que vous vous dites!)

Et bien nous avons plusieurs bonnes raisons, personnelles bien sûr, pour étayer notre décision.

Dans un premier temps, je tiens à rétablir un fait : la GBR n’est pas le plus beau récif du monde mais elle est le plus grand. Voilà la raison pour laquelle elle fut si connue au départ. Mais au fil des années, sans que personne ne sache trop pourquoi, « plus grande » s’est transformée en « plus belle » dans l’esprit des gens (#dupéscommejamais). C’est ainsi que le tourisme de masse s’est développé. Cela nous amène à notre première raison : nous essayons d’éviter le tourisme de masse (même si on est parfois obligé bien sûr), d’autant que dans le cas présent, cela contribue à détruire la GBR. En effet, le moyen de plonger/snorkeler depuis Cairns et beaucoup d’autres endroits est de monter dans des bateaux immenses qui prennent entre 100 et 200 personnes dont la majorité n’a aucune idée de la fragilité des coraux et piétine sans vergogne ces créatures/être-vivants/machin chose, qui mettent ensuite un an à repousser d’un centimètre. Oui, c’est triste.

Cependant, la principale raison pour laquelle la GBR est partiellement détruite (et la 2ème raison de notre non-envie de payer 100000$ pour la voir) est le blanchissement corallien. En effet, les coraux des mers chaudes vivent en symbiose avec une algue microscopique appelée Zooxanthelle. Celle-ci est responsable de leur coloration. Lorsque le corail vit un épisode de stress, cette algue meurt et cela entraîne, entre autres, une perte de couleur. Le corail dépérit alors peu à peu. Certains peuvent être colonisés à nouveau par des algues, mais ceci ne représente pas la majorité des cas. Le stress des coraux peut être provoqué par divers facteurs, dont certains sont encore scientifiquement incertains : réchauffement des océans, montée trop rapide des eaux, eutrophisation, … Bref, la GBR est malheureusement très touchée par ce phénomène et n’est donc plus le joyau qu’elle était jadis.

Notre troisième raison est surtout pratico-financière. En effet, pour parvenir à voir les sites encore conservés et superbes, il faut y mettre le prix : soit faire un trip de plongée de plusieurs jours pour aller assez loin sur des récifs peu visités (départ de Port Douglas/Cairns/Townsville), soit visiter les récifs des Southern Islands (Lady Musgrave, Lady Elliot, Heron Island) plus au Sud au départ d’Agnes Water ou Bundaberg. Dans le premier cas, j’étais encore dans l’incapacité de faire de la plongée à cause d’une phobie très très très sévère. Dans le second, j’étais décoincée de la plongée mais les prix étaient encore plus exorbitants.

Enfin, la dernière raison, et non la moindre, est que nous avons snorkelé (oui, désolée je trouve que dire « pratiqué la nage palme-masque-tuba » c’est trop lourd #franglais #légèreté) sur le Ningaloo Reef, le récif frangeant de la côte Ouest au large d’Exmouth. Nous avions été absolument bluffés (genre le monde de Némo avec notre propre matériel et en partant de la plage #nonmaisallo) et les professionnels de plongée et autres plongeurs chevronnés nous ont dit tous sans exception que celui-ci était beaucoup plus beau que la GBR. Du coup, maintenant que je suis dé-bloquée de la plongée et que nous comptons bien essayer de voir les autres beaux spots dans le monde, nous avons allègrement zappé la GBR, sans regret.

Voilà, vous savez tout, nous n’aurons enfin plus à passer pour des snobs en répondant à cette question (s’il n’y avait que celle-là…. *soupir*). Comme je l’ai dit, ce n’est que notre avis personnel. Je pense que si quelqu’un voyage peu et a l’occasion de venir en Australie (partons du principe qu’il se trompera de côté et ne visitera bien entendu que la côte Est parce qu’ « à l’Ouest y’a rien ni personne non?! »… #oops #sorrynotsorry), alors il appréciera la GBR. Mais des gens ayant déjà vu de beaucoup fonds marins préservés ou envisageant d’en voir seront probablement déçus.

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Quoiqu’il en soit, nous ne sommes restés que 12h à Cairns (c’est plus qu’à Cooktown, vous remarquerez) car sans vouloir plonger ni faire la fiesta, il nous restait très peu de choses à faire. Nous avons bien tenté de voir le fameux Lagon qui semblait prometteur sur le papier mais avons découvert qu’il s’agissait en fait d’un grand bassin construit sur le front de mer avec 10 cm d’eau, quelques jolies fontaines et 1000 gens qui se baignent (#dupéscommejamais). Voilà voilà… Oui, nous sommes désolés mais le mot « lagon » nous évoque toujours une petite étendue d’eau bleue turquoise légèrement séparée de l’océan par des rochers ou un récif. C’est de notre faute, nous n’avions qu’à pas fantasmer sur la définition exacte d’un mot…

Au Sud de Cairns, nous nous sommes arrêtés à Townsville, que nous avons plus appréciée. Peu de gens s’y arrêtent, considérant qu’il n’y a rien à y faire mais nous l’avons trouvé joliment aménagée, plus charmante et moins touristique. Elle semblait très agréable à vivre. Cette ville est par ailleurs le lieu de départ des ferries pour Magnetic Island, l’île dont le nom faisait rêver Clem Choucha et que nous avons donc visité. En arrivant au centre d’information de Townsville pour acheter nos billets, nous avons réalisé que l’Open Water SSI (c’est le premier niveau de plongée international, en gros) était moitié moins cher que partout en Australie (voire partout ailleurs en Asie). Ni une ni deux, nous nous sommes inscrits pour le surlendemain et hop, nous étions partis. Après avoir passé 6 heures sur la théorie, qui consiste surtout à vous expliquer les 1000 manières possibles de mourir en plongée (si on n’avait pas payé, je me serais enfuie), nous avons donc passé 3 jours à barboter avec des bouteilles dans les eaux de Magnetic Island (oui, ça pète, je sais). Par ailleurs, cette île offre de sublimes panoramas et surtout l’occasion de voir des koalas en liberté!

Après le 4×4, l’outback, le snorkeling, les chameaux, Uluru, la plongée, il ne manquait plus qu’une corde à notre arc de clichés australiens : le SURF bien sûr! Nous nous sommes donc arrêtés dans la ville où les cours sont les moins chers de toute l’Australie (20$ pour 4h, non non, vous ne rêvez pas) afin d’en pratiquer : Agnes Water. Et comme on est sympa, on vous offre nos plus beaux moments.

Finalement, notre bilan du North Queensland est mitigé. Les routes sont vraiment belles avec des forêts tropicales très denses au Nord cédant ensuite la place à d’innombrables champs de cannes à sucre (je vais être sympa et vous épargner l’histoire des travailleurs de ces champs, Kanaks et autres Mélanésiens arrachés à leurs pays dans les années 1960 au nom du blackbirding, aka esclavage. L’Australie c’est un peu ça : reproduire les erreurs 100 ans après alors qu’elles sont enfin interdites sur le vieux continent. #bref). Ces cinquante nuances de vert associées à un climat tropical donc humide étaient un combo parfait pour nous.

Cependant, en arrivant sur la côte Est, nous avons été confrontés à nos premières déceptions et avons commencé à entrevoir que tout était sur-vendu et surpeuplé ; soit la ville « absolument magnifique paradisiaque de la mort qui tue » était en fait juste une plage avec une zone de baignade autorisée dans un filet de 3x2m, méduses obligent (ça, c’est Mission Beach), soit nous étions cernés par des millions de jeunes backpackers uniquement là pour faire la fête et manger un bol de céréales matin-midi-soir… Cela, additionné au fait que cette côte est plus chère et moins adaptée au camping sauvage, a contribué insidieusement à plomber notre moral. Nous avons commencé à perdre espoir d’être éblouis à nouveau jusqu’à notre retour en Australie-Occidentale… Mais que s’est-il passé dans le sud du Queensland?

La suite, au prochain épisode!!

Fun Fact : le Casoar à casque est une espèce menacée d’extinction qu’on ne trouve que dans la Daintree Forest, la Papouasie Nouvelle-Guinée et deux îles indonésiennes. Il ne reste plus qu’une quarantaine de spécimens en Australie. Considéré comme l’oiseau le plus agressif au monde, cet animal est vraiment étrange, magnifique et en même temps flippant. Ce gigantesque volatile semble être le chaînon manquant entre le Vélociraptor et les espèces à plumes! De plus, il est pour l’égalité des sexes ; chez les Casoars, c’est le mâle qui s’occupe de la progéniture. Alors sauvons le Casoar!

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