Roadtrip #2 : Kalbarri National Park

En continuant notre montée vers le Nord, nous avons trouvé sur notre route le parc national de Kalbarri, à 590 km au Nord de Perth. Lorsque l’on fait un voyage au long cours comme le nôtre, il y a des lieux marquants, des événements qui font changer vos projets, des rencontres qui vous bouleversent, etc. Ce sont les raisons pour lesquelles Kalbarri restera à jamais gravé dans nos mémoires. Au-delà de sa beauté, nous avons commencé à changer notre façon de penser à cet endroit. Je ne vais pas décrire chaque merveille de la nature dont le parc regorge ; le Lonely Planet est très bien fait pour ça. Je voulais plutôt vous raconter Kalbarri tel que nous l’avons vécu nous, Julie et Clem Choucha.

Kalbarri National Park - The French Odyssée

Après avoir longé un lac rose (ceci n’est pas une métaphore : il s’agit de Pink Lake), nous sommes arrivés dans ce qui nous a semblé une petite ville balnéaire à l’orée du parc national. Nous étions en pleines vacances scolaires et l’endroit dégageait des ondes très positives. Bien que la greluche réceptionniste du Visitor Center n’ait pas été d’une très grande aide, nous avons trouvé un logement dans une station d’élevage, entre la ville et l’entrée du parc. Celle-ci nous offrait une aire de camping au bord de la rivière Murchison, les pieds dans la poussière rouge. C’est ici que nous avons rencontré M (pour faire genre «protection d’identité», on ne donnera pas son nom.), qui a probablement été notre plus grande source d’inspiration à ce jour.

Kalbarri National Park - The French Odyssée

Après notre nuit, nous étions d’une humeur plutôt massacrante. La fatigue du voyage qui commençait à se faire sentir et une dispute avant de nous endormir la veille nous promettaient un petit déjeuner AMBIANCE. C’est alors que débarqua M dans la petite cuisine de camping, tout sourire, avec une forte envie de parler. Je ne sais pas pourquoi nous avons réussi à feindre de l’intérêt et avons donc entamé la discussion. M est norvégienne de mère thaï (oui, c’est peu commun!), elle voyage seule depuis 2008, a vécu des années en Thaïlande, a beaucoup parcouru l’Asie, est prof de plongée, tout ça à seulement 26 ans. Je restai sans voix en écoutant ses aventures et j’enviai beaucoup sa détermination et sa force.

Kalbarri National Park - The French Odyssée

Puis elle nous apprit qu’elle travaillait depuis 3 jours dans la station d’élevage, en échange de son couchage et d’un peu d’argent. Nous nous sommes rappelés qu’on voulait également demander à y travailler mais qu’on n’avait pas osé. Elle nous expliqua que partout où elle allait, elle demandait, elle osait, parce qu’après tout au pire, elle obtiendrait un « non ». Nous avons réalisé qu’effectivement, nous étions bêtes (euphémisme pour ne pas dire idiots). Pourquoi continuions-nous à « avoir peur » de tout : se faire jeter, se voir refuser quelque chose, ne pas être à la hauteur, etc. Ici en Australie, les gens sont beaucoup plus agréables et ouverts qu’en France (oui désolé hein mais bon, c’est vrai. Et encore je n’ai pas cité de ville en particulier, qui commence par Bo et finit par eaux). Ici, ils ont l’habitude de voir des jeunes étrangers demander du travail, alors que risque-t-on?! En écoutant M parler, on réalisa alors qu’en voyage tout est possible. On peut tout tenter, être qui on veut et faire 1000 choses différentes : il suffit d’oser et d’y croire. Après des heures de discussion, nous avons échangé nos coordonnées et pris congé. On s’est senti d’un coup plus léger et animé d’un nouveau souffle.

Kalbarri National Park - The French Odyssée

Notre plan initial étant de nous lever tôt pour effectuer une randonnée, nous nous sommes finalement mis en route avec [un peu de] retard. Nous avons enfin pénétré dans le cœur du parc national de Kalbarri. En tant que randonneurs peu expérimentés (voir pas du tout expérimentée en ce qui me concerne), nous avions bien entendu choisi le trail le plus complexe de classe 4 sur 5, d’une longueur de 8 km. Il s’agit du « Loop Trail». Il était écrit qu’il fallait 3 à 5h pour le parcourir ; « 3-4h pour 8 km ?!! Ils nous prennent pour des vieux ou quoi » (si je me souviens bien ce que nous nous sommes dits).

Kalbarri National Park - The French Odyssée

Nous voilà donc partis à l’assaut du Loop, par un bon 35°C aux alentours de 10h (heures les plus chaudes à venir donc), avec trois petites bouteilles d’eau. La première étape est Nature’s Window, très célèbre pour sa forme et sa facilité d’accès, à seulement 1 km du parking. La plupart des touristes qui se rendent dans ce coin et ont peu de temps ne viennent voir que ce fascinant rocher, puis filent vers les autres points de vue du parc. Sur le reste de la randonnée, nous n’avons croisé que deux familles. Nous étions littéralement seuls au monde. Les paysages dont nous avons été témoins restent à ce jour parmi nos favoris en Australie. Après avoir marché à flanc de falaise, sur des roches d’un rouge le plus vif possible, nous sommes descendus au fond de la gorge, pour marcher dans le lit d’une rivière presque tarie. Cet endroit, entre le sable jaune au sol, l’eau stagnante dégageant une odeur peu agréable, les quelques arbres isolés et les abruptes falaises rouges qui nous surplombaient, semblait RÉELLEMENT provenir d’un film de science fiction. J’avais l’impression d’être sur la Lune mais avec des éléments de Mars et ça ne m’aurait pas étonné de voir débarquer un dinosaure. Les seuls Êtres Vivants ici étaient quelques chèvres sauvages et des oiseaux aquatiques.

Kalbarri National Park - The French Odyssée

Après la remontée vers le haut de la falaise, nous sommes arrivés complètement déshydratés à la voiture, nous demandant l’heure qu’il était. Finalement, nous avions mis 4h30 pour effectuer ces 8 km!!!!!!!!!!!!! (What?!!). Ce fût très difficile physiquement, principalement à cause de la chaleur (nous tenons à remercier les chapeaux de paille laissés dans le Van par nos prédécesseurs, sans qui nous serions peut-être mort d’un coup de chaleur!) mais ça en valait la peine. Nous continuerons à conseiller fortement à tous les gens qui veulent aller à Kalbarri de faire le Loop Trail.

Après s’être réhydratés de l’eau bouillante restée dans le Van en plein cagnard, nous avons longuement réfléchi (oui oui!). Nous n’avions pas de logement pour le soir, cet endroit était magnifique, on voulait rester plus longtemps pour explorer les autres gorges, mais sans devoir payer un prix exorbitant (surtout que lorsqu’on est sur la route, on dort chaque nuit dans des « free camp », répertoriés sur une super application : Wiki camp). Les mots de M nous sont revenus et nous nous sommes donc rendus en ville pour quémander du travail. J’ai finalement réussi à conclure un deal avec Carol, sexagénaire gérante de l’auberge de jeunesse YHA avec son mari et sa fille. Nous avons hérité d’une chambre double gratuitement en échange de quelques heures de travail dans l’auberge le matin (entretien des chambres, ménage, jardinage) ; une sorte de HelpX quoi. Cela nous convenait parfaitement puisque nous avions le temps d’explorer les autres curiosités de Kalbarri les après-midis.

Kalbarri National Park - The French Odyssée

Nous y sommes finalement restés une semaine et avions l’impression d’être membres à part entière de leur famille. Carol, Tara et Joe sont des gens parmi les plus serviables, gentils, simples, attentionnés et généreux que nous avons rencontrés. Le lendemain de notre arrivée, la mère et la fille nous ont invité à nous joindre à elles pour 48h de camping sauvage dans le bush, au bord de la rivière Murchison. Nous avons bien évidemment accepté et avons donc passé deux jours en tête à tête tous les 4 (enfin tous les 7 avec les 3 chiens), en plein cœur d’une nature abasourdi-ssante (oui, j’invente des mots car c’est dur de faire passer des émotions si fortes par écrit hein!). Baignade, canoë mais surtout beaucoup de discussions au coin du feu autour de leur culture, de l’Australie-Occidentale, des aborigènes, etc. ont rythmé cette retraite insolite. Nous nous disions à chaque instant que nous avions une chance formidable de faire ça et de « vivre » le parc national comme aucun autre touriste ne l’avait fait, qui plus est avec des locaux (en fait, ça donnait plutôt moi qui répétait « PUTAIN mais tu te rends compte de ce qu’on fait là?!!!!).

Après toutes ces péripéties, c’est le cœur lourd mais plus riches que nous avons quitté Kalbarri. Clem Choucha serait bien resté encore un peu (beaucoup) mais nous étions loin d’avoir atteint le bout de notre roadtrip et nous avions encore beaucoup à voir sur la route. Lors des adieux, tout le monde était très ému et ils nous ont couverts de cadeaux. Nous nous sommes promis intérieurement de les revoir un jour, quelque part sur Terre. Ils se souviennent désormais de nous comme « Froggy lady » et son Prince Charming. Je trouve que ces surnoms nous correspondent plutôt bien non?!

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Fun Fact : à Kalbarri, il y a des empreintes datant d’environ 450 millions d’années d’Euryptérides, sorte de scorpions géants. Elles sont parmi les plus anciennes empreintes fossiles terrestres connues à ce jour.

Kalbarri National Park - The French Odyssée

Kalbarri National Park - The French Odyssée

Kalbarri National Park - The French Odyssée

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6 Replies to “Roadtrip #2 : Kalbarri National Park”

  1. Superbe ! On doit se sentir tellement petit au milieu de tout ça. La couleur de la roche est incroyable !

    1. Effectivement Bérénice, on se sent minuscule et insignifiant!

  2. super article, ça donne vraiment envie d’y aller, les photos sont magnifiques

    1. Merci Claire,
      Ça tombe bien, c’est fait pour : il FAUT y aller. De plus, les photos ne rendent pas compte à 1000% de la beauté réelle du lieu, alors imagine… 😉

  3. Après ce que vous vivez est ce que vous pourrez revenir à la petite vie pépère de véto canin en ville ? pas sure 😀

    1. Héhé, probablement pas.
      Ça tombe bien car comme tu t’en doutes, ce n’était pas prévu en ce qui me (Julie) concerne. 😀

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