Roadtrip #9 : Alice Springs et le Centre Rouge

Les parcs nationaux autour d’Alice Springs – Uluru Kata Tjuta National Park et Watarra National Park (encore connu sous le nom de King’s Canyon) étaient l’une des étapes obligatoires prévues lors de notre voyage en Australie. C’est pourquoi nous avons parcouru les 1183 km séparant Alice Springs de Katherine avec bonne humeur. Nous avions lu et entendu à maintes reprises que cette route, appelée la Stuart Highway, était affreusement affreuse, toute droite, ennuyeuse et désertique. Dans ma tête, je m’étais donc imaginée une route comme celles dans Mad Max : Fury Road (le film le plus ennuyeux et inintéressant qu’il m’ait été donné de voir au cinéma, qu’est-ce qu’on ne ferait pas par amour…). Finalement, encore une fois, notre confrontation à la réalité a été toute autre. Il s’agissait certes d’une longue ligne droite, mais bordée de végétation et d’arbres, avec en prime des fleurs colorées. Autant dire que ceux qui décrivent la Stuart Highway comme désertique et rouge ne sont pas allés dans le Nord-Ouest ou l’Outback de l’Ouest (bon, le fait qu’on y soit en Octobre, la seule période fleurie de l’année pour cette zone, a dû néanmoins jouer. #stoplamauvaisefoi). Bref!

Nous avons donc trouvé cette route longue mais agréable et probablement la plus jolie depuis notre départ de Broome. Peu avant Alice Springs, nous avons tenté de réaliser des photos originales (enfin, surtout moi) aux Devil’s Marbles (les billes du diable, ndlr). Il s’agit d’énormes blocs de pierre de forme plutôt circulaire, posés au milieu de nulle part, ayant une connotation sacrée pour les Aborigènes locaux, qui les assimilent spirituellement aux œufs du Serpent Créateur. Elles prennent une teinte rouge, comme beaucoup de choses en Australie, au coucher de soleil.

A notre arrivée à Alice, là encore nous étions surpris. On nous avait vendue cette ville comme petite, moche et craignos, mais elle était 10 fois plus grande que Broome (notre référence après 5 mois, qui CERTES est minuscule!), avec des magasins qui sur la côte Ouest n’existent qu’à Perth (Kmart et même un KFC!) et une sympathique zone piétonne avec de nombreux cafés, bars et restaurants. Le « craignos » vient sûrement du fait de la présence de nombreux Aborigènes, mais comme vous le savez déjà, ça ne nous dérange pas, nous. Dans tous les cas, nous nous serions bien vus travailler à Alice Springs, si ce n’était pour le froid! Eh oui, en descendant de Katherine, nous avons croisé le tropique du Capricorne, ce qui nous a donc fait sortir officiellement de la zone tropicale. Passer d’un 40°C humide la nuit à un petit 28°C sec maximum à midi, je vous assure que ça fait bizarre. Nous avons dû ressortir pulls et pantalons, enfouis depuis 7 mois au fond du sac. Merci le climat « désertique » ! C’était très dur, vraiment… (c’est [un peu] ironique hein)

The French Odysée - Red Center

Initialement, le plan était de visiter un peu les environs, puis partir en tour organisé pendant 3 jours afin de visiter Uluru, Kata Tjuta et King’s Canyon. Ce planning a été quelque peu aménagé, du fait de l’achat d’un nouvel appareil photo. En effet, après avoir fait joujou avec un super appareil en mode manuel tous les jours pour photographier les chameaux, je me suis retrouvée au comble de la frustration en retrouvant mon « petit » appareil lors de nos visites autour de Katherine (il me semblait pourtant GENIAL en arrivant en Australie). La perspective d’attendre une vraie excuse (genre mes 30 ans, soit après l’Australie. Plus d’intérêt quoi!) semblant si lointaine et Clem Choucha me tannant sans arrêt, j’ai réussi à [un peu] déculpabiliser que nous utilisions une petite partie de notre budget pour un nouvel appareil. Mais bien évidemment, rien n’étant simple, figurez-vous qu’un tremblement de terre au Japon a détruit tous les entrepôts Canon (véridique poulot! La première fois qu’on nous a sorti ça à Katherine, j’ai trouvé que c’était la pire excuse du monde pour se dédouaner de ne pas avoir de stock! #AreYouFuckingKiddingMe). Il ne restait donc plus qu’UN SEUL exemplaire du modèle que je voulais, à Sydney. Allait-il arriver à temps pour notre départ vers Uluru? Allais-je pouvoir faire la photo que j’avais en tête depuis des mois (celle en tête de l’article #soromantic)? Ce suspense insoutenable nous a fait décaler notre tour organisé d’une journée. Nous avons utilisé ce temps pour visiter les East et West MacDonnell Ranges, une chaîne de montagnes entourant Alice Springs : alternance de gorges à l’eau glacée vivifiante, rochers aux formes étranges, falaises colorées à l’ocre naturelle et probablement le plus beau point de vue que nous ayons vu en Australie à ce jour. Puis finalement, le divin enfant est arrivé! Big up au vendeur de Camera House d’Alice Springs, qui a remué ciel et terre pour nous tellement j’ai dû lui faire pitié.

Il est vrai, j’ai en horreur les tours organisés, car j’ai toujours peur que les gens ne ruinent mon appréciation du lieu et je préfère éviter de me retrouver avec des 18-24 ans qui sont là uniquement pour faire la fête (très fréquent dans les tours organisés en Australie, il faut choisir prudemment si on n’est pas dans cette optique là). Cependant, nous avons trouvé un opérateur qui semblait réellement se soucier de communiquer sur l’histoire et la culture et qui surtout ne proposait pas l’ascension d’Uluru (et oui, certains organismes le font #nocomment). Nous avons donc choisi cette option plutôt que d’y aller seuls, afin d’être sûrs d’avoir le plus d’informations possibles sur ces trois points d’intérêt et de vivre « l’expérience » du Centre Rouge : camping dans des Swags à la belle étoile, cuisine typique dans le feu de camp, etc. Nous n’avons pas regretté ce choix.

L’arrivée et la découverte du « rocher » a été encore plus intense que je me l’étais imaginée. On a beau avoir vu des milliards de photos d’Uluru, il est encore plus grandiose en vrai ; immense, majestueux, isolé, irrégulier.

Quant à Kata Tjuta et King’s Canyon, ils sont tellement moins célèbres que la grande majorité des gens se rendent compte une fois sur place qu’ils les préfèrent largement à Uluru (ce qui n’est pas mon cas).

Nous nous sommes retrouvés dans un bon groupe, jeune, moitié asiatique moitié Américano-Européen (la scission étant toujours clairement marquée, ce qui était presque comique), tous motivés pour marcher et intéressés (et avides de photos avec selfie stick, suivez mon regard… #TropRaciste #SorryCétaitTropFacile). Nous avons eu deux guides pour le prix d’un, car l’un était en formation. L’expérimenté était une vraie mine d’informations et un sacré créateur d’ambiance. Nous en avons appris beaucoup sur l’histoire aborigène d’Uluru et Kata-Tjuta en eux-mêmes mais également sur des généralités. Il est réellement fascinant de voir à quel point ces peuples vivaient en communion avec la nature et savaient appréhender toute l’hostilité apparente de cette Terre : trouver de l’eau, se protéger du soleil, éviter les feux de brousse, gérer la repousse des plantes avec la technique de brûlis, etc. Ils étaient uniquement chasseurs/pêcheurs/cueilleurs et cela a fonctionné à merveille pendant plus de 60000 ans. Comme me l’a fait remarqué très justement Clem Choucha, leurs croyances ancestrales (appelé par les Australiens Blancs «Dreamtime») sont comparable à la mythologie grecque, avec diverses histoires qui expliquent l’origine d’un fleuve ou d’une montagne, hormis le fait que les personnages sont des animaux et non des assimilé-humains (et qu’ils n’ont pas un Zeus qui se tape tout ce qui bouge tombe amoureux sans arrêt et trompe Héra à tout va #passionmythologie).

En plus de récits culturels, le guide nous a servi l’histoire géologique de la zone, pour notre plus grande joie. Bien sûr, comme toute matière scientifique expliquée par un non-initié et vulgarisée pour des non-initiés, l’explication ne nous a que très moyennement convaincue (devinez qui étaient les seules personnes à poser des questions, auxquelles ils ne savaient plus répondre #chieurs #OuiMaisAuMoinsÇaNousIntéressaitVraiment). Mais cela a tout de même un peu satisfait notre curiosité de bébé-géologues qui se demandaient comment ces rochers en étaient arrivés là comme un cheveu sur la soupe, au milieu du désert.

Le seul hic de notre séjour fut la météo, ce qui n’est pas imputable à notre tour opérateur (The Rock  Tour, si vous y allez, n’hésitez pas!). Il a fait un froid glacial (et même les gens qui venaient de passer l’hiver à Sydney avaient froid, alors ce n’est pas juste du prout-proutisme tropical de notre part, promis), de la bruine et du brouillard. D’après le guide, nous avons eu droit au lever de soleil le plus nul qu’il lui ait été donné de voir en 5 ans, tant le ciel était couvert. Autant dire que moi qui fantasmais déjà sur mes potentielles photos de Voie Lactée, j’ai pu me brosser (Martine). M’enfin, cela n’a fait que nous rapprocher encore plus du feu de camp, jusqu’à même dormir à moins d’un mètre tous en rond autour du foyer. C’était mignon, même si après le tour, j’ai été sujette à un jetage muco-purulent bilatéral marqué (un gros rhume quoi) que même 20 ans de vie à Grenoble n’ont pas réussi à induire.

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Pour finir, l’aspect social de ce tour organisé a également été très positif. Oui, je l’avoue, il m’a réconcilié [provisoirement] avec «faire des activités avec d’autres gens en Australie». Nous avons rencontré des personnes très différentes, aux parcours tous différents, avec des histoires différentes de la nôtre à raconter.

Parfois, on se dit qu’on fait un truc de fifou, à savoir voyager en Van autour de l’Australie en ayant tout quitté («tout» étant relatif et s’apparentant surtout, selon notre société actuelle, à un «bon boulot» et une «vie bien rangée»  #minutehippie). Puis on rencontre un Franco-Roumain, qui en plus de connaître mieux la littérature française que nous, nous raconte sa traversée à pied de la Nouvelle Zélande du Nord au Sud pendant des mois (et là tu te dis que toi, t’es un p’tit kiki, comme on dit chez moi).

Parfois on se fait des blagues sur les asiatiques (oui, les Coréens du bus connaissaient par cœur les paroles de Gnam Gnam Style #fyi). Puis on finit par sympathiser avec eux lors du dernier repas et alors on ose se parler des clichés. On se rend alors compte qu’ils sont comme nous : oui, pour eux aussi, tous les Blancs/Noirs/Verts se ressemblent ; oui, ils sont incapables de suspecter si une personne est plutôt allemande ou espagnole comme on serait incapable de différencier un Taïwanais d’un Sud Coréen ; oui, ils se critiquent entre eux, à base de « lui, il est sûrement Coréen parce qu’il a des petits yeux comme ça [étirement manuel des yeux déjà très bridés] »… (finalement, le type était Vietnamien. Comme quoi, eux aussi ils se plantent sur leurs critères-préjugés!)

Après avoir donc passé 3 jours à ne pas oser se parler les uns comme les autres, nous nous sommes rendus compte que nous faisions les mêmes choses dans nos «clans» : essayer des communiquer entre nous, rire des mêmes personnes/situations et se dire des autres qu’«ils se ressemblent tous». Finalement, malgré de très évidentes différences culturelles, il semblerait bien que nos modes de fonctionnement soient TRÈS similaires. Qui l’eut cru?

Pour finir, voici une petite vidéo de cette superbe région. Pardonnez-nous pour ces images ternes, le beau temps n’a vraiment pas été de notre côté!

Fun Fact : lorsqu’on arrive aux environs d’Uluru, voici ce qu’on distingue :

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Et bien détrompez-vous, il ne s’agit pas du célèbre rocher! Celui-ci est le Mt Conner, haut de seulement 300 m (contre 348 m pour Uluru) et de forme très différente. No worries, nous nous sommes aussi fait avoir!

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2 Commentaires

  1. Trop belles les photos !! tu dois pas regretter d’avoir investi!
    Aussi : what?! Clem choucha est tellement bronzé maintenant !

    1. Indeed, je n’ai aucun regret. Superbes photos et possibilité de faire mes photos de nuit que je chéris tant 😉
      Et oui, après Broome, le Choucha était presque noiw!

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